7 mois d'immersion en Italie, à Bologne. Expérience inoubliable dont ce blog n'est qu'un aperçu, j'ai essayé de partager avec le plus grand nombre mes découvertes, mes voyages, et quelques réflexions sur ce pays qui me fascine tant.

Mois après mois

21 novembre 2005

Démo - crasse - ie

C’est volontairement que je n’ai encore jamais parlé de politique sur ce blog. Je voulais me laisser le temps de me faire une idée ici en suivant l’actualité, à la télé et dans la presse, ce que je fais quotidiennement.

Deux actualités politiques me poussent à prendre la plume électronique aujourd’hui : les débuts de la campagne électorale pour les élections d’avril prochain, et l’adoption par le Sénat d’une réforme constitutionnelle bouleversant l’organisation politique de l’Italie.

Samedi soir dernier, la campagne électorale de la droite en vue des élections qui auront lieu en avril 2006 s’est arrêtée à Bologne. Je suis allé, par curiosité, assister au meeting du candidat Gianfranco Fini, actuel ministre des affaires étrangères, et leader d’Alleanza Nazionale (Alliance Nationale), un des trois partis de la coalition actuellement au pouvoir en Italie sous l’égide de Silvio Berlusconi.


Affiche de campagne de Gianfranco Fini avec son slogan « Le futur ? A droite. » faisant écho à cette autre affiche d’Alleanza Nazionale :


« Le passé ? A gauche. ». Communication simple(-iste ?), mais efficace. Ces affiches commencent à fleurir dans de nombreux lieux publics bolonais.

Avant d’aller plus loin, une petite explication s’impose – peut-être – à ceux qui ne connaissent pas le paysage politique italien.

Il existe un nombre incalculable de petits partis politiques en Italie ne pouvant pas gagner des élections seuls. Des coalitions entre plusieurs de ces partis sont donc nécessaires pour gouverner. L’actuelle coalition gouvernant le pays s’appelle La casa delle libertà (La maison des libertés). Silvio Berlusconi est à sa tête.



Les trois – principaux – partis qui la composent sont donc l’Alleanza Nazionale de Gianfranco Fini, la Lega Nord (la Ligue du Nord) de Umberto Bossi – on aura l’occasion de revenir sur lui plus loin – et enfin Forza Italia (Allez l’Italie) de Silvio Berlusconi, qui est donc également à la tête de la coalition, du pays, des médias, de…



Les élections d’avril prochain, appelées tout simplement «élections politiques 2006», concernent donc la prolongation de l’actuelle coalition ou la mise en place d’une nouvelle coalition, et donc d’un nouveau premier ministre, qui dirigera le pays pour les cinq ans à venir.

C’est bon ? Tout le monde suit ?

Alors après la présentation – que, vous l’aurez noté, a été aussi objective que possible ! –, place aux jugements ! Même s’il est évident qu’un meeting n’est pas le meilleur endroit pour apprendre correctement à connaître un parti politique – car dans ce genre de situations, des convaincants parlent aux convaincus –, je crois cependant commencer à comprendre quel type de politique et quel projet de société porte l’Alleanza Nazionale de Fini.

Vous l’avez vu sur l’affiche de campagne, les couleurs vert blanc rouge de la brocarde tricolore italienne sont les uniques symboles du parti ; dans la salle, lors du meeting, un groupe de jeunes brandissait des drapeaux Azione Giovane (l’Action des Jeunes – Je ne connais pas ce mouvement, mais a priori je me méfie de ce genre de groupes à la dénomination « choc ») ; et le discours de Fini, charismatique au possible, était une suite de phrases choc, d’idée simples(istes), et de critiques de la gauche et de son leader Romano Prodi Sans vous mentir, la gauche a occupé au moins 70% du discours – j’en ai personnellement plus appris sur ce que faisait et disait la gauche que sur l’Alleanza Nazionale !


Gianfranco Fini lors de son discours samedi dernier.

Fini et l’Alleanza Nazionale représentent donc bien, à mes yeux, ce que j’appelle « la nouvelle droite », c’est-à-dire une version politiquement correcte de la grande sœur « l’extrême droite ». Mêmes idées, présentation moderne. C’est très à la mode en ce moment.

La référence est inévitable, mais pour moi, Fini = Sarkozy. Je fais la comparaison d’autant plus facilement qu’en France, j’avais assisté à un meeting de Sarkozy pour les régionales de 2004. Les discours des deux hommes auraient pu être interchangés que personne n’aurait vu la différence. En clair : travail, famille, patrie.

Cette campagne électorale ne fait que commencer et promet d’être instructive (à défaut d’être intéressante). J’essaierai d’en parler assez régulièrement, au fil de l’actualité.

L’actualité italienne, justement, qui, comme je vous le disais en introduction, est aussi marquée depuis quelques jours par une réforme constitutionnelle approuvée mercredi soir par le Sénat.

Cette réforme est dite devolution. Ce terme doit être prononcé à l’anglaise (soit : divoliouchionne), car il a été emprunté (non transcrit phonétiquement, et encore moins traduit, c’est une habitude ici) au système d'autonomie accordé par la Grande-Bretagne à l'Ecosse en 1997.

Vous l’aurez donc compris, c’est d’un vaste projet de décentralisation dont il s’agit. La devolution est la première grande révision de l’unique constitution italienne n’ayant jamais existé (elle date de 1948 – et oui, l’Italie est une jeune république !).

Le texte prévoit, notamment, de conférer une pleine autonomie aux vingt régions d'Italie dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la police administrative. Le Sénat serait donc logiquement transformé en organe législatif fédéral plutôt que national, ce rôle revenant de fait aux régions. Le mot « fédéral » est donc lâché. Pour comprendre ce que cette notion signifierait dans l’Italie d’aujourd’hui, il faut avoir présent à l’esprit qu’il existe un énorme déséquilibre socio économique entre le nord, industriel, attractif, et donc riche, et le sud du pays, qui, pour de nombreuses raisons parmi lesquelles l’omniprésence de la mafia qui détourne la plupart des subventions publiques, a accumulé un retard sur tous les fronts (économique, social, culturel, etc.).

Selon moi, et selon la gauche italienne, les conséquences d’une telle décentralisation seraient donc catastrophiques pour le sud. Je dis « seraient », car heureusement il faut encore que le texte soit approuvé par un référundum national avant d’être définitivement adopté – cela dit, le nord étant bien plus peuplé que le sud, le résultat de ce référundum fait peu de doutes…

Enfin, afin d’avoir une image à peu près complète du contexte dans lequel s’inscrit cette réforme, il faut savoir que cette devolution est l’aboutissement du « projet de toute une vie » de Umberto Bossi, leader historique et charismatique du parti xénophobe d’extrême-droite Lega Nord (la Ligue du Nord) dont je vous ai parlé plus haut.


Umberto Bossi

Le cheval de bataille de Bossi depuis sa plus tendre enfance est que « les problèmes du nord sont causés par le sud », d’où son idée fixe depuis 20 ans de créer un état d’Italie du nord indépendant, la « Padanie ». Pour lui, cette réforme va donc dans le bon sens.


Logo de la Lega Nord

Mercredi soir, lors du vote de cette réforme, Bossi a été au cœur de toutes les attentions (il faut préciser aussi que c’était son grand retour au Sénat après un accident vasculaire cérébral qui avait failli le tuer l’année dernière), et tous les journaux de jeudi dernier le montrent exultant de joie à l’annonce des résultats du vote des parlementaires.


C’est cette photo qui a fait le tour de la presse italienne jeudi dernier.

La réforme toucherait également les instances dirigeantes du pays. Le président de la république (Carlo Azeglio Ciampi) verrait son rôle de potiche renforcé puisqu’il serait, dixit le texte de la devolution, « le garant de la Constitution, et il représenterait l’unité fédérale de la nation ».


Carlo Azeglio Ciampi, président de la République italienne.

En ce qui concerne le premier ministre, c’est-à-dire Berlusconi, ses pouvoirs seraient bien évidemment accrus (il n’allait pas rater cette occasion !), car il pourrait alors nommer et révoquer lui-même les ministres ainsi que dissoudre le Parlement, tout cela sans l’avis du président comme c’est le cas actuellement.

La lecture assidue de nombreux journaux italiens et français de tendances différentes, m’a permis de faire ce petit résumé de la situation. En effet, il ne faut pas s’attendre à être informé par la télévision ici. L’ensemble des journaux télévisés est à la botte de Berlusconi, ce qui a pour effet de faire passer n’importe-quelle pilule (laquelle pilule – abortive – fait aussi débat en ce moment ici, mais ça je vous en parlerai plus tard !) à la masse des italiens, qui lisent peu la presse écrite. Imaginez-vous que les JT n’évoquent même pas les arguments contradictoires de la gauche sur cette réforme ! Ils diffusent en boucle les interventions de Berlusconi & Co, chaque reportage étant suivi de quelques phrases d’approbation de la part du présentateur lui-même ! C’est vraiment hallucinant.

La notion de « démocratie » dans ce pays est vraiment discutable.

3 commentaires:

Amo a dit…

Belle analyse politique de la situation!
Tu pourrais envisager de faire dans l'éditorialisme politique pour les journaux francais en tant que commentateur de l'actualité italienne?!
En tout cas ce que je retiens de tout ca c'est que les problèmes itlaliens ne sont pas à calquer sur ceux de la France mais donnent une perspective a tout ce qui se passe ici!
a + pour la suite!

Anonyme a dit…

Waou ! Moi qui ne connaissait rien à la politique italienne tu viens de me faire une belle introduction. Merci !

Je crois que je vais même te relire pour être sûre d'avoir bien compris !!

Emma

Cyriel a dit…

Merci beaucoup de vos encouragements! Pour l'idée de l'éditorialisme politique franco-italien, figure-toi que j'y ai justement pensé en écrivant le message! Pourquoi pas...!

La suite est arrivée, j'espère que ça ne vous décevra pas!